Par Pascal Jouxtel Editions Le Pommier
Nouvelle collection Mélétè dirigée par Jean-Michel Besnier
“Dans le monde des mèmes, nous ne sommes pas les habitants, nous sommes les maisons...”
Cette petite phrase résume beaucoup de choses, que vous découvrirez dans ce livre.
Comment font les jeux à la mode pour se reproduire ? Comment survit le commerce équitable ? Comment tel rituel s’impose-t-il à des millions d’hommes ?
Tous les systèmes se reproduisent-ils de façon semblable ?
Voilà trente ans que la question se pose et que la science recherche le " mème “, cet équivalent culturel du " gène " qui permettrait la transmission et l’évolution des trouvailles de la culture humaine. Lorsque nous pensons ou agissons, nous ne sommes pas aussi libres que nous aimons le croire. Malgré nous, par nos choix de mots, d’attitudes ou simplement d’objets de consommation, nous contribuons à reproduire des modèles et des systèmes.
Le mot " mème " est apparu en 1976 sous la plume du biologiste Richard Dawkins. Forgé à la ressemblance du mot " gène “, il suggère les idées de mémoire et d’imitation.
Les solutions inventée par l’homme, qu’elles soient pratiques ou symboliques, vivent leur vie dans un monde sans merci où s’expriment " best-sellers " conquérants et mèmes récessifs discrètement repliés dans des poches de résistance…
Faut-il chercher les mèmes dans les cerveaux, les communautés, le mode d’emploi des machines ou les règles de comportement ? Où qu’ils soient, la mémétique nous apprend beaucoup sur nous-mêmes, le monde et ce que nos vies deviennent.
Nous possédons, vous et moi, un important bagage d’expériences communes. Vous êtes venu(e) à la mémétique par un chemin balisé ; vous avez lu des livres, rencontré des gens et observé ce qui vous entoure. Vous sentez que nos cultures grouillent de formes de vie non-biologiques mangeuses de temps et d’attention. Vous vous interrogez sur la tournure que prend le monde et découvrez que des auteurs abordent le sujet, à la lumière des sciences contemporaines, en élargissant la théorie de l’évolution bien au-delà des espèces animales et végétales, vers le culturel, le social, le mental...
La mémétique ne sort pas d’un chapeau. Outre les évolutionnistes, elle hérite d’une longue tradition de penseurs et d’hommes de science qui ont élargi les frontières conceptuelles du vivant, relativisé la notion de vérité et contesté la confiscation du connu par un moi centralisateur. Essayons de définir ce qu’est la mémétique en quinze mots, puis en quinze lignes... assorties de quelques commentaires sur ses racines profondes.
La carte d’identité de M², le mème des mèmes, fait apparaître une propriété des plus étranges : M² est auto-référent. C’est sa marque de naissance et son secret de survie. Il est en cela cousin de la vie elle-même et ne peut donc pas mourir. Nouveau-né, il se regarde dans le miroir de la conscience. Tout seul, perdu dans l’infosphère, il repère le phare de l’intelligence artificielle...
M² est de tous les combats évolutionnistes, de la contestation des " causes finales " à la thèse du réplicateur égoïste, en passant par la querelle de frontière entre l’inné et l’acquis, la spécificité de l’homme et le coup d’arrêt aux prétentions sociobiologiques. Mais M² est aussi capable de réconcilier en construisant, dans le cadre Darwinien étendu, une articulation élégante entre nature et culture.
M² se renforce " sur le terrain " grâce à la montée des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Il profite de la puissance des micro-ordinateurs, respire avec la vie artificielle et connaît la frénésie d’innovation compétitive de Silicon Valley. Il voit l’émergence de la cyberculture au sein d’une génération dénuée de combats mais étouffant sous la prolifération des codes.
La vraie vie et l’histoire des hommes ne sont pas aussi proprettes que du code binaire. M² doit assumer son côté sombre, la folie des foules, les croyances mensongères, les persécutions idéologiques. Mais il découvre qu’il apporte aussi un remède contre la violence inévitable et " naturelle " de l’homme.
En 2000, pour donner à la mémétique une légitimité digne des sciences " dures “, des chercheurs se proposent de mettre de l’ordre dans ses notions clés. On assiste aux premiers débats entre méméticiens : sur le rôle des artefacts et du langage, sur les modèles de reproduction par imitation et (enfin) sur la définition des mèmes et le moyen de les photographier. les anthropologues résistent mais on entrevoit le territoire possible de la mémétique dans le champ des sciences de l’homme.
Il y a plus d’une façon d’aborder la mémétique : au moins huit traduisent des approches et des méthodes de travail différentes. Après une visite rapide de ce que pourrait contenir le laboratoire idéal, nous devons préparer notre safari à la recherche du code, de ses véhicules, des jeux de contraintes qui pèsent sur lui et des avantages adaptatifs qui feront gagner les gagnants. Rappelez-vous qu’un méméticien doit tenir compte des préférences de pensée de son propre mental.
Pour devenir méméticien, il faut apprendre à " voir " le code dissimulé au cœur de tout ce qui se reproduit dans le champ de la culture : la loi, le sport, la mode, les techniques... Le code, au sens large, véhicule la norme reproductible des comportements, soude les communautés, fixe la mémoire des crises et de leurs résolutions. Il permet la fabrication fiable de solutions qui fonctionnent. A la base du connu, il y a la capacité de reconnaître et de produire des ressemblances.
De quoi peut-on dire " cela se reproduit " ? Quelle que soit l’approche du mème que l’on retienne, logique, pratique, neuronale ou symbolique, l’expression du code correspond toujours à une forme de solution répondant à la situation actuelle d’un système. Celui-ci peut être social, mental ou physique ou les trois à la fois. La solution est une optimisation naturelle de son état. Si les solutions de la culture sont l’équivalent des créatures mémétiques, on peut se demander de quoi elles se nourrissent et comment elles se reproduisent. Ont-elle un sexe ? Quelques propriétés des véhicules mémétiques selon les approches possibles
Pour passer de la règle à l’expérience sensorielle, l’ontogenèse de la solution réclame votre temps de veille, votre énergie, vos ressources et votre " bande passante " sociale. Celles-ci ne sont pas extensibles à l’infini, pas plus que ne l’est votre mémoire ou votre champ de vision. Il en résulte des arbitrages, des affrontements, et donc des pressions de sélection. Nous y voilà enfin : pas d’évolution sans sélection. Il en résulte aussi forcément des alliances entre mèmes coadaptés.
Une fois l’arène culturelle installée pour la compétition, les formes candidates à la réplication doivent déployer leurs armes et leurs charmes, qui sont tous basés sur des déséquilibres, des inégalités, des saillances. Popularité de l’exceptionnel, tyrannie de la norme, évidence de la preuve ; les mèmes de différents niveaux, du plus superficiel au plus fondamental, en passant par ce mème étrange qu’est votre nom, inventent par-delà toute intentionnalité ce que René Thom aurait baptisé leur " sémiophysique “. Ainsi se crée le monde.
L’histoire de la mémétique passe désormais par vous et vos questions sans réponse. L’attitude à laquelle celle-ci vous invite ressemble à un algorithme de déconditionnement auquel rien ne résiste, ni le créateur, ni le " je " centralisateur. Le questionnement remonte à la source de nos choix : que faire quand les règles de l’éthique et les messages de la propagande sont écrits dans le même langage ? Voilà pourquoi la mémétique peut et doit intéresser les francophones en rassemblant des penseurs autonomes et transdisciplinaires. En ferez-vous partie ?
Propos recueillis par Matthieu DURAND
Pourquoi telle mode s’impose-t-elle à des millions de personnes ? Comment un même rituel se retrouve-t-il de New York à Calcutta ? La mémétique, née il y a 25 ans aux Etats-Unis, cherche à répondre à ces questions. Explications d’un méméticien français, Pascal Jouxtel sur www.lci.fr
Bonsoir à tous, grâce à Osmose, vous allez peut être apprendre un nouveau mot ce soir : mémétique. Le mot peut prêter à sourire, pourtant, la mémétique est une science, une science nouvelle que nous détaillera dans un instant Pascal Jouxtel, méméticien de son état. Ecoutez la chronique en ligne. sur france inter
Si elle n’elle plus accessible sur le site de France Inter vous pouvez l’entendre ici sur http://www.memetique.org
Consultant chez Eurogroup, auteur d’un livre sur la “mémétique”, Jean-François Gautier, fondateur et Président du directoire d’Aédian et Antoine Duarte, DG de Yahoo France.
Ecoutez la chronique en ligne (une fois sur le site choisir “Archives de l’émission”). sur www.radiobfm.com
Si elle n’elle plus accessible sur le site de BFM vous pouvez l’entendre sur http://www.memetique.org
Ecoutez la chronique en ligne (une fois sur le site d’Europe 1, cliquez sur la chronique 05/11/2005) sur www.europe1.fr
Si elle n’elle plus accessible sur le site d’Europe 1 vous pouvez l’entendre sur http://www.memetique.org
Parallèlement à l’apparition des espèces virales informationnelles de l’internet (cf. notre dossier sur L’internet viral), la mémétique, discipline consacrée à l’étude des idées-virus, continue de se développer, et a déjà influencé toute une série de théories sur la viralité en réseau. Rencontre avec Pascal Jouxtel qui publie le 15 octobre Comment les systèmes pondent. Une introduction à la mémétique aux éditions Le Pommier et animateur du Bureau des contagions.