C’était le problème. Il fallait choisir une solution pour ce 3e séminaire.
La plupart du temps, on ne présente que ce qui va bien, ce que l’on maîtrise, en essayant de convaincre.
Ici, l’idée était de mettre à profit la présence d’autres méméticiens, pour qu’ils nous aident à avancer dans nos réfléxions et nos constructions. Bref, créer une ambiance de partage constructif.
C’est plus notre démarche qui a ici été présentée, plutôt que des résultats que l’on avait pas encore. Quelques difficultées rencontrées ont ainsi pu être pointées, dans le but de bénéficier de l’aide potentielle de l’assistance.
Ne dit-on pas souvent, “A plusieurs, on peut faire émerger des choses viables plus facilement” ?
Je vous laisse prendre connaissance des quelques points spécifiques abordés.
Et si vous ne comprenez-rien, que vous avez du mal à suivre, faites moi signe. Ou bien attendez tranquillement la synthèse, car ce document risque d’être plus complet et lisible.
Si la mémétique étudie le monde culturel. Si le monde culturel, c’est des modèles, des représentations, des règles, ...
Alors faire évoluer la simulation mémétique, c’est accepter le paradoxe suivant : “Mes observations, mes raisonnements, mes hypothèses, mes buts, mes choix, sont eux-même de nature mémétique, donc potentiellement observables et modélisables”.
Cette notion de méta-mémétique peut sembler annecdotique à certains, mais lorsque l’on est plongé dans le sujet, il l’est moins. En effet, pour développer un logiciel, des méthodes de travail, on fait des choix. Ces choix, on les réalise avec des critères personnels. Et par déformation professionnelle, en tant que méméticien, on peut vite se demander si “ce que l’on considère comme mieux” est réellement la meilleure solution, le meilleur choix. Est-ce qu’il faut vite produire du résultat, ou prendre le temps de consolider les bases d’un simulateur novateur ? Est-ce qu’il faut s’orienter prédiction, labo virtuel pour la compréhension de phénomènes réels ? ...
Dans ces conditions, c’est quoi bosser sur un simulateur ?
C’est tout d’abord modéliser le monde culturel humain, pour ensuite le simuler.
Mais c’est aussi :
des éléments de la culture méméticienne : des concepts, approches, méthodes, ... pour
voir même,
Où sont les résultats ? 3 ans, et rien de réellement visible. La question peut se poser : pourquoi ? Voici quelques explications.
Déjà, le temps disponible de chacun est limité. Et cette cette activité bénévole se retrouve en compétition, avec un tas d’autres activités, tout aussi intéressantes, que l’on peut chacun avoir.
Ensuite, pour montrer les résultats d’une simulation, il faut d’abord modéliser le monde étudié. Modéliser et simuler le mouvement des planètes, c’est facile, la théorie est là, et l’expérience déjà réalisée : on sait que c’est possible. Ici, la culture humaine est vaste, et la vision méméticienne encore un peu brouillonne. Il s’agit donc de créer les routes et les frontières, en même temps que la cartographie !
Ne le cachons pas non plus: Memsim est aussi un prétexte pour faire de la mémétique “sérieuse”. Certains flous du language naturel peuvent être très difficile à traduire informatiquement. En effet, les définitions, les éléments et concepts manipulés doivent donc s’affiner avant de trouver une application informatique. Ou alors, c’est l’application informatique qui doit être plus tolérante que pour d’autres types de logiciel. Cela prend donc du temps de réfléxion, et rend parfois nécéssaire des temps de repos mental pour laisser les choses se stabiliser.
Et le paradoxe ? Une fois identifié, on s’y fait, et il aide à relativiser, à prendre du recul. Le simulateur, et la mémétique, ne sont finallement que des solutions parmis d’autres pour comprendre le monde qui nous entoure, soumis à des contraintes qui sont d’autant plus facile à identifier, qu’on les rencontre tout les jours : le temps de cerveau disponible, d’autres activités en concurrence, la nécessité de mise en place d’une culture commune, etc...
Il est toujours plaisant de le recontrer, et il permet aussi de trouver plus facilement des cas à étudier, à partir d’exemples d’expérience commune “fraîche”.
Le thème “nom” de la solution “simulateur” a ici deux variantes : “memesim” et “memsim”.
Memesim est la version originale, dont le porteur est Pascal. Plusieurs fois, cette version a été perçue par Charles, qui en est devenu porteur. Cette version a ensuite subi une mutation. On voit maintenant apparaître les 2 versions. On peut se demander, ce qui va, chez chaque porteur actuel et futur, favoriser l’émergence de telle ou telle version.
Apparaît ici peu à peu l’univers du méméticien, que l’on souhaite reproduire après construction et cartographie. Voici quelques éléments.
La plupart des modélisations informatiques de comportement humains en société, autrement dit en IA (Intelligence Artificielle), et sous l’inspiration de l’univers des théories des jeux, des automates, la vision classique simplifiée du monde ressemble souvent à ceci :
Ce type de modélisation place l’humain au centre, en tant qu’acteur, dans un environnement, ayant un usage logique d’information et d’actions disponibles.
Mais pour beaucoup, ce qu’il y a de nouveau avec la mémétique, c’est : le regard, la vision, l’approche, la perspective...
Une modélisation mémétique, et donc un simulateur mémétique, se devait donc de prendre en compte cette nouveauté, en installant celui-ci au coeur de sa conception.
Ainsi, prenons ici plutôt le point de vue des créatures mémétiques : l’espace peut être découpé d’une manière très différente. La contrainte principale n’est plus l’occupation de l’espace physique, mais l’occupation de l’espace culturel. Cet espace pourrait alors se découper en 3 types de zones :
Qu’est-ce que cela apporte ?
Un point de vue “dual” sur la culture ! (cf post regard-méméticien). La culture est habituellement vue par un point de vue humain. Le point de vue de la créature culturelle est beaucoup moins répandu (méméticiens, et personnes du marketing principalement). Or, une des questions concernant l’intérêt de la mémétique, est souvent : “cette posture méméticienne est-elle meilleure, pour la compréhension, l’action, ou tout autre chose ?”
Si, par l’expérience, ou par le raisonnement, on prouve que c’est plus simple, pratique, faisable, d’utiliser cette vision duale... alors la mémétique va gagner du terrain, et devenir terriblement utile !
Voyons donc cette différence de point de vue en détail, en abordant les notions de niveaux de perception.
Différents espaces de perception :
Du point de vue humain, on voit :
Du point de vue solution, on voit :
Mais à quoi ça sert ?
On voit ainsi bien mieux sur la carte mémétique, que l’on est en présence de deux “îles”. Tant qu’il n’y aura pas de changement dans la configuration des zones de perception des 5 humains représentés, l’évolution de toute vie culturelle se vera indépendante. Par contre, au sein des 2 groupes, des 2 îles, l’évolution se fera d’une manière beaucoup plus dépendante.
On peut se le demander, lorsque leur nom disparait peu à peu du discours ambiant. On parle beaucoup de solutions, de créatures, car c’est ce que l’on observe “dans la culture”, comme Mendel précurseur en génétique, observait ce qu’il observait “dans la nature” : les êtres vivants (végétaux). Ce n’est que bien plus tard, que l’ADN et les gènes ont été observés, et manipulés, bien après la grande publication de Darwin sur l’évolution ! Une hypothèse de travail en mémétique pourrait être celle-ci : on peut faire de la mémétique sans mèmes.
Malgré cette approche plus concrête, l’hypothèse actuellement stabilisée semble être cette organisation des choses décrite ci-dessous. Elle sera d’ailleurs certainement ammenée à évoluer.
Les mèmes, c’est des éléments que l’on trouve dans :
Un mème M, c’est :
M = T+V
Une solution S c’est :
S = M+M+...+M = (T+V)+(T+V)+...+(T+V)
Un humain H héberge :
H = S+S+...+S + M+M+...+M = (M+M+M)+(M+M+M+M)+M+M
Un lieu L héberge :
L = H+H+...+H + S+S+...+S + M+M+...+M
L’univers U c’est :
U = L+L+...+L = (H+H+...+H + S+S+...+S + M+M+...+M) + (H+H+...+H + S+S+...+S + M+M+...+M) ....
Certaines familles sont déjà assez connues, qui sont les solutions logiques, pratiques, symboliques, neuronales... 2)
On peut encore identifier 2 autres familles :
Ces solutions peuvent vivre grâce à un seul humain.
C’est toutes les solutions de relations avec l’environnement seul. On peut marcher seul, manger seul, s’habiller seul, etc... Il n’est pas nécessaire d’attendre la présence, et l’adhésion d’autres humains, pour laisser s’exprimer une solution de cette famille.
Ces solutions ne peuvent vivre qu’en présence de plusieurs humains.
C’est toutes les solutions de relations avec les autres, et l’environnement. On ne peut pas, sans la présence et l’adhésion d’autrui, jouer au pocker, faire une course de voiture, faire une réunion, ... Il faut alors ajouter aux seules contraintes de l’environnement nu, celles des contraintes liées aux autres.
Là encore, cette distinction peut paraître triviale, ainsi énoncée. Mais c’est bien parce qu’elle est apparue, qu’elle nous a semblé de plus en plus utile, qu’elle est ici présentée d’une manière simplifiée. Pour la petite histoire, ceci nous est apparu, alors que l’on ne pouvait se comprendre sur des généralisations, car nous avions à cet instant en tête, chacun des solutions d’une famille ! Et modéliser les mécanismes d’évolution d’une partie de carte, ou de choix de repas, ce n’est pas exactement là même chose.
Suivons cette hypothèse un moment : les humains, et les solutions culturelles peuvent être considérées comme ayant des propriétés du vivant.
On peut alors utiliser toutes les connaissances de la systémiques, de l’écologie. On parle alors de systèmes, d’équilibres, de flux, d’auto-régulation, ...
Voici un shéma illustrant un début de réflexion à ce sujet :
Ces trois éléments sont des sytèmes, avec des limites qui gagneront à être clarifiées de plus en plus.
Voici les représentations de 3 configurations possibles (c’est loin d’être les seules!).
1) Une solution se trouve dans un terrain humain, elle utilise et reste limitée par les ressources de cet humain. (flèche rouge). L’humain utilise les ressources de l’environnement. Les contraintes sont liées à l’environnement, et à la solution active. (flèche verte).
2) Une solution se trouve à proximité d’un terrain humain 3), elle utilise comme l’humain, les ressources de l’environnement. Il existe également un rapport avec l’humain, qui reste à clarifier.
3) C’est le même exemple, mais avec une solutions dans un espace de coperception.
La grande question qui est posée, lorsque l’on commence à modéliser ainsi, c’est :
Cette approche systémique permet d’utiliser la transdiciplinarité déjà en place, en ce qui concerne la systémique. 4)
Elle permet également de bien visualiser les différentes contraintes, particulièrement les moments où les solutions peuvent mourir avant de se reproduire.
Viennent ensuite les exemple d’affrontements entre solutions, sur le terrain humain, ou dans l’environnement... Mais ce sera pour plus tard. L’essentiel étant déjà de clarifier ce qui se jouer entre ces 3 systèmes.
En bon méméticien, on se dit très vite: le temps est une ressource comme d’autres, en quantité limitée. On retrouve donc le temps, dans la contrainte temporelle, une des contraintes sélectives pour les créatures culturelles.
Mais en tant que scientifique et informaticien, le temps c’est aussi une des composantes de notre espace temps. En cela, il faut aussi le penser comme tel, surtout dans un simulateur, où les évolutions culturelles simulées ne pourront pas se faire sans mouvement, et donc sans temps : il faut une boucle informatique générale, pour répêter sans cesse l’algo du simulateur.
Le hic, c’est qu’il serait certainement trop simpliste d’accepter une explication trop organisée, comme dans les algos évolutionnaires classiques :
Si l’on veut vraiment faire quelque chose de nouveau, d’intéressant, et surtout de représentatif, il faudrait idéalement, une durée de vie variable pour les créatures, ainsi qu’une meilleure fluidité des mécanismes. Dans la vie culturelle, comme dans la vie biologique, on peut observer à chaque instant des phases de reproduction, ou de sélection : si les bébés humains ne naissent pas tous en même temps, il en est souvent de même pour les créatures culturelles !
Petit à petit, les durées de références sont devenues plus petites. On parlait d’avancer avec un pas correspondant à un jour du monde simulé. Ensuite nous sommes presque arrivés à une sensibilité d’une seconde dans l’étude des mécanismes en jeu.
Est-ce plutôt souhaitable de tendre vers la description très fine, ou de se limiter à une modélisation discrète 5) ?
Personne ne connait la réponse, et c’est encore à nos systèmes d’évaluations personnels de trancher. Là encore, c’est dans ces choix, que des avis extérieures peuvent être utiles, sans prendre trop de temps pour les conseillers.
C’est dans cette décomposition d’instants, toujours plus petit, qu’est apparu :
Elle était déjà apparue dans le premier séminaire de mémétique, lorsque l’on cherchait à identifier clairement le cycle de vie de la créature “se faire piercer”. La question était : à partir de quand peut on dire que “ça commence” ? Est-ce lorsque l’on choisit de faire l’action, en excluant de faire machine arrière ? Est-ce lorsque l’on a juste commencé l’action ? Est-ce lorsque l’action est finie ?
Une des réponses était : on ne sait pas quand ça commence, mais on peut choisir pour l’étude, un instant où ce n’est pas commencé, et un autre où c’est commencé. Ensuite, on observe ce qui a changé.
C’est une approche discrète des choses, extérieure à l’humain, et un peu réductrice. Peut-être que la réalité physique, chimique et neuronale est tout autre... Cela reste un pan entier à étudier : le passage du possible, au réalisé, en passant par les mécanismes de la sélection. Mais en attendant, cette notion est intéressante pour le fonctionnement logiciel. Si elle peut se rapprocher d’une réalité tant mieux, sinon cela ne restera qu’une manipulation informatique nécessaire.
En physique quantique, tant que l’on observe pas, les possibles existent, avec plusieurs probabilités. Un peu comme cela, une fois une solution observable, la probabilité tombe à 100% ou 0%. Mais avant, les possibles coexistent avec plus ou moins de force, dans l’imaginaire, sous forme d’embryons de créatures non réalisées. L’avantage étant, qu’on voit ici nettement la sélection entre ce qui était possible à l’instant t, et ce qui est à l’instant t+1.
Après-coup, il s’est averé que le public n’était pas vraiment en phase. En effet, pour avancer ensemble, il faut déjà partager une sorte culture commune. Le temps n’était pas suffisant pour créer une culture partagée autour de memsim, et permettre à cette présentation de passer au stade d’atelier constructif.
Mais ce contact avec un public intéressé mais non sensibilisé a pourant été bénéfique. Comme tout retours après une communication, les points incompris ou malcompris peuvent être identifiés, pour être mieux précisés plus tard. On note également avec attention ce qui intéresse, ce qui est attendu... Merci aux présents donc.
Maintenant, hors séminaire, le temps sera certainement plus disponible, et le partage attendu peut donc se poursuivre. C’est l’objet de cet espace web, qui héberge le compte-rendu : favoriser les échanges constructifs autour de memsim, ainsi qu’une communication qui se veut plus régulière entre personnes intéressées (de près comme de loin).
Memsim en tant que logiciel, doit manipuler des concepts, des modèles, des objets, qui doivent à la fois être bien définis, et adoptés par de nombreux méméticiens (avant ou après l’intégration dans le logiciel).
Il se destine à devenir une sorte de labo virtuel, avec les pipettes, et les tubes à essais de la culture. Tout ceci pour pouvoir reproduire dans des conditions plus favorables, des situations réelles similaires. Des comparaisons, et des idées d’expériences pratiques sur le terrain pourront ensuite être envisagées.
C’est là aussi cette complexité du but à atteindre : faire émerger un outil, mais surtout des pratiques, et des modèles utilisables dans des situations très différentes. Il ne s’agit pas seulement de simuler un cas précis, dans un cadre bien connu et traité par une théorie claire et adoptée massivement. Avant les résultats, le logiciel, ce qui importait en premier lieu, c’était les bases.
Il ne fait aucun doute que la publication de premiers résultats aidera dans la propagation de cette culture commmune à co-construire. Mais pour clarifier les notions en aval, et s’assurer de faire des choses qui parlent, une communauté “memsim” devra se créer petit à petit.
La construction, et l’utilisation future de ce simulateur, va aider au développement d’une mémétique moderne. Nous en sommes persuadés Pascal et moi, c’est pourquoi nous utilisons une bonne part de notre temps de méméticien pour penser “simulation”.
Et comme ce projet a besoin de temps, de compétences, de motivation, de critiques... N’hésitez pas à commenter, à visiter ce site régulièrement, sans parler de la lecture obligatoire de la page curieux
Charles Mougel.